Marie Feuillet à Rabat Sur la côte

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Au bord de l’océan, perché sur une falaise et balayé par les vents de l’Atlantique, l’ancien hôpital militaire de la capitale a traversé les années et les époques. Il a longtemps porté le nom d’une infirmière et encore aujourd’hui, quelques habitants de Rabat l’appelle “Marifilly”. Il y a le nouveau et l’ancien. L’hôpital militaire Marie Feuillet a définitivement fermé ses portes en 1999.

Elle n’a pas eu la vie facile, Marie Paule Louise Huot. Comme le résume une carte commémorative de l’Union des Femmes de France (Croix-Rouge française): “Née Huot, le 30.05.1864 en Ardennes. Mariée à Jacques Feuillet, fils de l’académicien Octave Feuillet. Veuve à 23 ans; perd ses deux filles à 32 ans. Décède le 24 août 1912 à Meknès (Maroc). Inhumée au cimetière de Montmartre.”
Ses filles ont été emportées par une épidémie de rougeole et après une période plongée dans le désespoir, Marie Feuillet acquiert le brevet d’infirmière en 1900. Elle sert en France avant de se rendre en Italie, lors du tremblement de terre de Messine, puis, en tant qu’infirmière-Major, elle dirige l’équipe de l’hôpital militaire d’Oran. Elle exercera en Algérie jusqu’en 1908. Elle est alors appelée au Maroc, à Casablanca, puis en 1911, elle se rend à Rabat, lors de l’installation de l’hôpital qui portera plus tard son nom et qui n’est, à ce moment, qu’un ensemble de tentes.
En 1912, Marie Feuillet est décorée de la croix de chevalier de la légion d’honneur et décède quelques mois plus tard, à Meknès. En octobre, le résident général Lyautey baptise l’hôpital militaire du nom de celle qu’il a côtoyée durant plusieurs années, l’ayant rencontrée la première fois en Algérie.

En cet automne 1912, le Maroc est sous protectorat français, celui-ci ayant été signé au mois de mars de la même année, à Fès. Lyautey suit personnellement la construction de ce nouvel hôpital militaire. Le choix de son emplacement n’est pas anodin. Ici Dar el Bhar (la maison de la mer), le palais d’été du Sultan, a été bâtie à la fin du 18ème siècle. L’enceinte renfermait le palais, le jardin et le logement du personnel. C’est aussi là qu’en 1907, le Sultan Moulay Abdelaziz reçoit le ministre de la France au Maroc, le général Lyautey et le commandant de la division navale française.
Les tentes puis les baraques furent remplacées au fur et à mesure, à partir de 1913, par des bâtiments en dur. Toutefois, la principale partie du palais du Sultan avait été conservée. Il fut décidé de la construction de trois unités qui allaient constitué les structures maîtresses du futur grand hôpital militaire. L’architecte Léon Fombertaux fut mandaté et dut respecter le modèle architectural marocain. Les travaux débutèrent. Le résident général Lyautey instaure le principe de l’hôpital jumelé, à vocation militaire et civil, sachant que les soins médicaux offerts permettent à la population d’être moins réfractaire à l’occupation.

Le pavillon des contagieux fut terminé en 1917 mais avant de l’aménager, Lyautey exigea qu’il fut mis à la disposition du comité de la Foire de Rabat pour loger 242 visiteurs. Enfin, après cinq années de travaux, en 1920, l’hôpital Marie Feuillet avait une capacité de 500 lits et disposait d’un matériel médical moderne. Plus tard, d’autres ajouts ont supporté l’ensemble.

Après la période du protectorat, en 1961, l’hôpital pris le nom d’Hôpital Central des Forces Armées Royales puis, deux ans plus tard, d’Hôpital Militaire d’Instruction Mohammed V. Jusqu’en 1999, ses services se sont développés puis il a été remplacé par un nouvel hôpital situé dans un autre quartier.

Depuis, laissé à l’abandon, son architecture n’a rien perdu de sa splendeur et aujourd’hui, son avenir semble se dessiner autour d’un projet hôtelier qui conserverait les bâtiments principaux et réaménagerait l’ensemble. Il vous faudra patienter encore quelques années pour visiter ce lieu chargé d’histoire qui demeure à l’abri des regards.

L’équipe de NOW Maroc a pu se glisser dans son enceinte, parcourir les couloirs des chambres, admirer le pavillon du Sultan et relever certains détails…

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