Les Fils du Détroit Histoire d'Être(s)

ABDELMAJID EL MOUDDEN ET SON OUD

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la nuit tombée, sans le savoir, en passant près du Musée de la Kasbah, vous entendrez une musique, peut-être inconnue à vos oreilles, des chants en arabe, des applaudissements. S’il y a du monde, vous ne pourrez pas entrer dans ce lieu de 15 m2.
Qu’à cela ne tienne, c’est la musique ici qui est importante, écoutez. S’il reste de la place, asseyez-vous, buvez un verre de thé. Vous êtes au Cercle de musique arabo-andalouse et les musiciens sont des fils du Détroit.

DRISS ET SON VIOLON

Ils ont dans leur mémoire l’histoire d’Al Andalus, l’Andalousie magnifiée. Celle qui a inspiré les plus grands poètes arabes et créé cette musique enchanteresse. Ce sont des amateurs. Non, ce sont des passionnés. Ils sont quatre, parfois cinq, six ou même plus. Un à un, ils arrivent, selon les jours, en après-midi. Le temps d’ouvrir la porte de ce local tout en longueur, puis les trois volets, sortir les deux tables et les chaises, chauffer l’eau pour le thé, discuter avec les gens de passage, voisins ou visiteurs, et chacun prend son instrument, s’installe et, comme s’ils n’avaient jamais arrêté de jouer ensemble, entame la soirée qui s’étire dans la nuit.
Eté comme hiver, il est là. Abdelmajid El Moudden. Le patriarche du groupe. L’un des fondateurs, la figure emblématique des Fils du Détroit. Né en 1945, il est tangérois, il a été instituteur puis fonctionnaire dans l’administration. Et si, dès 18 ans, il joue de temps en temps ces notes qui l’habitent, il n’a pas toujours eu le temps de s’adonner pleinement à son amour pour la musique arabo-andalouse. Alors depuis qu’il est à la retraite, il en profite. Il joue des classiques mais compose aussi. C’est qu’il a été bercé par cette musique que son père appréciait et que lui, trouve “sublime”. Il a appris. Il a choisi le oud. Cet instrument à cordes pincées, à l’origine du luth occidental, signifie “bois”. Cette musique et la pratique du oud doivent beaucoup à Zyriab, disciple à Bagdad d’un grand maître du oud, arrivé à Cordoue en 822 à la Cour du Calife, qui pose les fondements du système musical des noubas, genres musicaux arabo-andalous. Après la chute de Grenade en 1492 et jusqu’au début du 17ème siècle, ce patrimoine destiné à l’aristocratie, se déplace au Maghreb, où les “Morisques” arrivent en grand nombre. A partir de cette époque, c’est de ce côté des rives de la Méditerranée que la musique arabo-andalouse se transmet.

MOHAMED SAID ET SA DERBOUKA

Si ses règles sont très strictes, cette musique est non écrite juqu’au 18ème siècle et traditionnellement, l’apprentissage des instruments se fait en même temps que celui du chant.
Alors Abdelmajid chante et, avec lui, tous les autres membres de cette association fondée en 1976. Le dimanche, vous verrez peut-être des jeunes se joindre à la formation. Étudiants d’écoles de musique, ils viennent apprendre et partager un moment avec ces hommes qui ont été pêcheur, chauffeur de taxi, marchand…

ABDELHAMID ET SON TAR

A la darbouka, Mohamed Said. Cet instrument de percussion est plus complexe à manier qu’il n’y paraît. Réalisée en céramique, en terre cuite ou en métal, plus rarement en bois, la darbouka (ou derbouka) est recouverte d’une peau animale, chèvre ou poisson, ou, maintenant, de plastique.
Quant à Driss, c’est le violon qu’il manie, instrument qui a remplacé le rabab, mais qui est posé, comme son prédécesseur, sur la jambe au lieu d’être pris sous le cou.
Abdelhamid préfère le tar, petit instrument qui produit ses sonorités aux mouvements du poignet et à l’effleurement des doigts. C’est lui qui dicte le ryhtme.

Mais alors, que chantent-ils? Des hymnes à la beauté et l’amour.

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