Les feutriers de la médina Histoire d'Être(s)

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Leur échoppe est toute petite, située à un passage où personne ne s’arrête. Les petites boules de couleur accrochées attirent bien l’œil de quelques touristes qui ne prennent pas toujours le temps de discuter avec celui qui s’affaire à son ouvrage. Le jeune homme est concentré. Derrière lui, assis dans une mezzanine, un autre semble trier de la laine.
En s’approchant, des paires de pantoufles se distinguent. Un vieil homme vient s’asseoir en face, de l’autre côté de la ruelle. C’est le père, Abdellah Masrour, qui a confié maintenant le métier et son petit atelier à son fils, Mohammed.

Le savoir-faire se perd, ils ne sont plus que deux dans la médina de Marrakech à travailler le feutre marocain, le lebda. Il servait de tapis de prière et accompagne toujours les selles de cheval des cavaliers. C’est que le métier est ancien, les couvre-chefs étaient aussi en feutre, mais la demande est aujourd‘hui faible alors il a fallu innover. Les pantoufles se vendent bien, selon Mohammed.
Il reçoit la laine de mouton, la brosse méthodiquement pour éliminer la rigidité, la rendant ainsi plus souple. Puis, il empile des morceaux de laine et les colle ensemble grâce à un mélange d’eau et de savon «beldi», le savon noir traditionnel. Il formera les pantoufles grâce à un moule et il les lavera à grande eau pour éliminer le surplus de savon. Elles seront alors mises à sécher.
Trois heures, sans compter le temps de séchage, sont nécessaires pour confectionner une paire de pantoufles.
Mohammed se rappelle de cette même rue où il traînait, enfant. Près de soixante ateliers de lebda y étaient installés. Ils ont été remplacés par des bazars.
En plus des pantoufles, des colliers, des sacs, des chapeaux ont été imaginés, mêlant des laines de couleurs variées.

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